In french, to be translated soon      

Saturnia-Muzak

Ce disque me replonge infailliblement dans l’idylle de coton très particulier qui traverse les trois derniers morceaux du A Deeper Kind of Slumber de Tiamat, album magistral s’il en est. Ferré d’emblée, je me suis plongé dans une bio pour le moins singulière. Saturnia est un drôle de projet avant toute autre chose. Initiée en 1996 au Portugal par Luis Simões, adepte du yoga, l’idée était de rassembler une communauté d’artistes de spécialités diverses (littérature, photo, peinture, musique...) autour d’un pool créatif libertaire. La dimension musicale a fini par émarger avec quatre albums à ce jour, dont celui-ci. Alors il faut que je vous explique d’abord qu’il y a deux Saturnia: celui qui enregistre et celui qui se produit sur scène. Alors que le premier s’impose des formats de chanson relativement canalisés, le second se conçoit exclusivement comme un vaste exutoire tantrique où la musique s’ingère derrière un écran de fumée et de lights hallucinogènes, en boucles rythmiques et longues transes semi-improvisées d’inspiration clairement goa. Des vidéos sont dispos sur leur site et ma foi c’est très intéressant pour ceux que ça intéresse, mais voilà: le Saturnia de Muzak est beaucoup plus sage, tout en possédant une originalité, comment dire, intéressante.

Comme l’a très justement dit quelqu’un qui n’était pas moi à propos de quelque chose dont je ne me souviens pas, l’important n’est pas la destination mais le chemin. Eh bien Saturnia s’approprie parfaitement cette maxime. Ce qui reste à la fin de l’écoute ce ne sont pas tant les mélodies développées, assez triviales dans l’ensemble, ni même les arrangements et les effets, pourtant nombreux et variés. On ne parlera pas de Saturnia en disant que tel ou tel morceau est génial parce que. D’ailleurs ils ne sont pas du genre à trop s’incruster dans la mémoire vive. Par contre on certifiera avoir bien kiffé mémé pendant l’écoute, avec une musique délassante, euphorisante, douce le plus souvent (on excepte le très hendrixien opener “Mindrama”), qui agit en quelque sorte comme un bon massage aux huiles essentielles. Des vertus thérapeutiques? Pourquoi pas...

Luis Simões n’est certainement pas le compositeur le plus visionnaire ou le plus doué qui ait foulé la planète, mais il maîtrise le genre qu’il a délimité. Créé, on peut bien le dire. Et il y met les moyens. Crédité de quasiment tous les instruments, certains bien exotiques (sitar, tampura, dulcimer, gong, j’en passe...), il en fait un usage absolument adorable, de même que de quelques samples dont certains assez curieux (échange Santoro-Gasquet sur “Analepsis”). Si l’on y ajoute une voix naturellement éthérée et pas désagréable du tout, la panoplie du petit trip psych rock gentiment transcendental est complète. C’est avec l’enchaînement formé par “Aqua”, “Nipple” et “Utterly Luminescent” que le parallèle avec Tiamat devient vraiment flagrant, avec des structures plus lascives que jamais et une pointe de mélancolie parfaitement assumée dans la signature mélodique. Tandis que “Hedge” ramène un peu la tension dans le positif avec un travail d’orfèvres au niveau des percussions, transformé par l’apparition bienvenue d’un saxo, le bien nommé “Syrian” referme l’odyssée en ouvrant la fenêtre sur des horizons sablonneux et torrides. Pas besoin d’une alcoolémie héroïque pour entrevoir les chameaux en train de faire la danse du ventre sur votre moquette. Qu’on finisse ou non par accrocher à ce style à la fois personnel et universel, découvrir Saturnia ne peut pas être une perte de temps.

Eklektik-rock 01/05/2007 Matt Moussiloose